En 2025, on parle de plus en plus des règles. Sur les réseaux sociaux, dans les médias, le sujet se libère progressivement. Et c’est une excellente nouvelle.
Mais il y a un endroit où cette parole peine encore à se diffuser : le collège. Pourtant, c’est exactement là, entre 11 et 15 ans, que la majorité des jeunes filles vivent leurs premières règles et se posent mille questions.
Alors, pourquoi l’éducation menstruelle au collège est-elle indispensable ? Qu’est-ce qu’elle devrait inclure ? Et surtout, qu’est-ce que ça changerait concrètement ? On fait le point.
C’est quoi l’éducation menstruelle ?
L’éducation menstruelle, ce n’est pas juste expliquer comment mettre une serviette hygiénique dans sa culotte. C’est beaucoup plus que ça.
C’est transmettre des connaissances concrètes et importantes sur le cycle menstruel : ce qui se passe dans le corps, pourquoi on a nos règles, comment fonctionne le cycle mois après mois. Mais c’est aussi parler des variations d’humeur, de la fatigue, des douleurs, du SPM… Bref, de tout ce qui accompagne ce cycle.
L’éducation menstruelle, c’est aussi :
- apprendre à choisir ses protections périodiques
- comprendre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas (pour savoir quand consulter)
- déconstruire les tabous et la honte autour des règles
- acquérir de l’autonomie et de la confiance
L’objectif ? Réhabiliter le cycle menstruel. En faire un allié plutôt qu’un ennemi qu’on subit passivement. Et pour ça, il faut commencer tôt.
➡️ À noter : l’éducation menstruelle n’est pas la même chose que l’éducation sexuelle (même si les deux sont complémentaires). On peut parler du cycle menstruel sans parler de sexualité. Le cycle, c’est bien plus large que la reproduction.
Pourquoi le collège est le moment idéal pour parler du cycle menstruel ?
1. Parce que c’est là que ça commence
Les premières règles arrivent en moyenne autour de 12 ans. Autrement dit, pile pendant le collège. Certaines filles les auront dès la 6ème, d’autres en 4ème ou 3ème, mais dans tous les cas, c’est pendant cette période charnière.
Attendre le lycée, c’est déjà trop tard pour la majorité des adolescentes. Elles auront déjà vécu leurs premières règles, peut-être avec stress, avec honte, avec des questions restées sans réponse. Et c’est ce qu’on cherche à éviter avec l’éducation menstruelle.
Mieux vaut prévenir qu’être prise au dépourvu. Une fille qui comprend ce qui va se passer dans son corps, avant que ça n’arrive, vit beaucoup mieux cette étape. Elle sait à quoi s’attendre, elle a les outils pratiques, elle se sent préparée.
Et puis, normaliser le sujet avant que les tabous ne s’installent solidement, c’est crucial. À 11-12 ans, on peut encore façonner le rapport qu’une jeune fille aura avec son cycle pour le reste de sa vie.
2. Parce que l’info actuelle est insuffisante
Alors oui, on aborde le cycle menstruel en cours de SVT. Mais en toute honnêteté : ce qui est enseigné est souvent très (très) basique. On parle surtout de reproduction, d’ovulation dans une optique “comment on fait des bébés”, mais rarement du cycle dans sa globalité.
Les aspects pratiques ? Rarement abordés. Les variations hormonales et leurs impacts émotionnels ? Quasi absents. La diversité des protections périodiques et comment les choisir ? On n’en parle pas vraiment.
Résultat : les ados se tournent vers d’autres sources d’information. Leurs copines (qui n’en savent parfois pas plus qu’elles), les réseaux sociaux (avec le bon comme le mauvais), ou pire, elles ne demandent rien et se débrouillent toutes seules avec leurs interrogations.
Le fossé entre ce qu’une ado de 12 ans devrait savoir sur son cycle et ce qu’elle sait réellement est immense. Et c’est ce fossé qu’une vraie éducation menstruelle au collège pourrait combler.
En tout cas, nous on en rêve.
Ce qu’une bonne éducation menstruelle devrait inclure
1. Les bases physiologiques
D’abord, il faut expliquer ce qui se passe concrètement dans le corps pendant un cycle menstruel. Pas avec un discours médical compliqué, mais de façon claire et accessible.
- Les 4 phases du cycle, par exemple
Tu peux imaginer ton cycle comme une session de surf (oui, vraiment !).
Les règles, c’est la mer calme. Tu es sur ta planche, tu te reposes, tu recharges tes batteries. Ton énergie est plus basse, ton corps a besoin de douceur.
La phase folliculaire (juste après les règles), c’est quand tu prends de l’élan. Tu commences à ramer, ton énergie remonte, tu as envie de bouger, de faire des choses.
L’ovulation, c’est le moment où tu te lèves sur ta planche. Tu rayonnes, tu es communicante, tu te sens bien dans ton corps. C’est ton pic d’énergie.
La phase lutéale (avant les règles), c’est le tube de la vague. C’est plus sombre, plus tumultueux. Tu as besoin de te recentrer, d’introspecter. C’est normal si tu as envie de ralentir. Tu peux même parfois vivre un SPM.
Comprendre ces phases, c’est comprendre qu’il y a des variations. C’est comprendre pourquoi certains jours tu as envie de voir du monde et d’autres jours tu préfères rester tranquille chez toi. C’est comprendre pourquoi parfois tu vas tout déchirer en cours de sport, et parfois tu vas juste avoir envie de rester sous la couette.
Et surtout, c’est comprendre que c’est normal.
2. Les aspects pratiques
Une bonne éducation menstruelle aborde aussi les aspects pratiques du quotidien.
Le choix des protections périodiques : serviettes, tampons, cup, culotte menstruelle… Il existe plein d’options, et chacune a ses avantages. Une ado doit savoir qu’elle a le choix et comment utiliser chaque protection.
L’hygiène menstruelle : à quelle fréquence changer sa protection ? Comment se laver pendant ses règles ? Pas besoin de produits spéciaux ou parfumés (d’ailleurs, c’est même déconseillé). De l’eau et éventuellement un savon doux, ça suffit.
Gérer ses règles à l’école : où trouver des protections si on est prise au dépourvu ? Est-ce qu’on peut aller voir l’infirmière ? Comment constituer sa trousse de premières règles ? Toutes ces questions pratiques méritent des réponses claires.
3. L’impact émotionnel et psychologique
C’est peut-être l’aspect le plus négligé, et pourtant l’un des plus importants. Oui, le cycle menstruel impacte nos émotions, notre bien-être, notre humeur, etc. ET C’EST NORMAL. C’est tellement important de le savoir pour ne pas lutter contre.
Les variations d’humeur, c’est normal : si tu te sens plus irritable ou plus sensible avant tes règles, ce n’est pas parce que tu es “folle” ou “hystérique” (comme on l’entend encore trop souvent). C’est parce que tes hormones fluctuent. Point.
Le SPM, ce n’est pas « dans ta tête » : le syndrome prémenstruel existe vraiment. Les douleurs, la fatigue, les sautes d’humeur, les fringales… Ce ne sont pas des caprices ni des inventions. C’est une réalité physiologique (qui peut être apaisée).
Apprendre à s’écouter : ton corps te parle à travers ton cycle. Certains jours, il te dit de ralentir. D’autres jours, il te donne de l’énergie à revendre. Apprendre à écouter ces signaux sans culpabilité, c’est apprendre à prendre soin de soi.
4. Déconstruire les tabous
Enfin, une bonne éducation menstruelle doit casser les tabous qui entourent encore les règles.
Les règles ne sont ni sales ni honteuses : c’est un processus naturel, physiologique, qui concerne la moitié de l’humanité. Il n’y a aucune raison d’en avoir honte ou de les cacher comme un secret inavouable.
On peut (et on devrait) en parler : que ce soit avec ses parents, ses ami·es, à l’école… Les règles ne devraient pas être un sujet tabou. Plus on en parle ouvertement, plus on normalise le sujet.
Ça concerne tout le monde : les garçons aussi doivent recevoir cette éducation. D’abord parce que les règles font partie de la vie et qu’ils côtoient des personnes menstruées (sœurs, copines, futures partenaires…). Ensuite parce que sensibiliser les garçons, c’est lutter contre les moqueries et favoriser le respect et l’empathie.
Les bénéfices concrets d’une éducation menstruelle au collège
Bref, il y aurait encore tant à dire sur l’éducation menstruelle de nos enfants. Mais concrètement, qu’est-ce que ça changerait si elle était inculquée dès le collège ?
- Pour les jeunes filles
Une ado qui a reçu une vraie éducation menstruelle vit beaucoup mieux ses premières règles. Elle est moins stressée, moins perdue, elle sait ce qui se passe dans son corps et elle a les outils pratiques pour gérer la situation.
Elle développe aussi une meilleure connaissance d’elle-même, elle comprend ses variations d’énergie et d’humeur, elle apprend à s’adapter à son cycle plutôt que de lutter contre lui. Résultat : plus de confiance en soi, moins de culpabilité et une meilleure communication avec son entourage également.
Et puis, elle acquiert de l’autonomie dès le départ. Elle sait quand consulter si quelque chose ne va pas, elle connaît son corps, elle peut faire des choix éclairés.
- Pour l’ambiance scolaire
Quand on parle ouvertement des règles au collège, ça change l’atmosphère. Les moqueries diminuent parce que le sujet devient normal. Les garçons sensibilisés sont plus respectueux et empathiques.
Le tabou se dissout progressivement, et ça profite à tout le monde. Une fille qui a ses règles n’a plus besoin de cacher sa serviette dans sa manche pour aller aux toilettes. Elle peut en parler si elle ne se sent pas bien, sans être jugée.
- Pour la santé globale
Une jeune fille qui connaît son cycle normal sera plus à même de repérer les anomalies. Des règles trop abondantes, trop douloureuses, irrégulières… Ce sont parfois les signes de pathologies comme le SOPK, l’endométriose ou d’autres troubles qui méritent un suivi médical.
Plus on détecte tôt, mieux on peut prendre en charge. Et ça, ça peut changer toute une vie.
Réhabiliter le cycle, une jeune fille à la fois
L’éducation menstruelle au collège, ce n’est pas un luxe ni un gadget, c’est un outil d’autonomie, de confiance et de liberté.
C’est donner aux jeunes filles les clés pour comprendre leur corps, kiffer leur cycle (oui, c’est possible !) plutôt que de le subir. C’est leur permettre de vivre leurs règles sans honte, sans stress, sans questions restées sans réponse.
Et au-delà des filles, c’est aussi sensibiliser toute une génération au respect et à la normalisation d’un processus qui concerne la moitié de l’humanité.
Alors oui, l’éducation menstruelle dès le collège, c’est indispensable. Pour que chaque ado puisse prendre sa planche, comprendre les vagues de son cycle, et surfer en toute sérénité.
En attendant que cela devienne réalité : tu peux découvrir nos différents programmes pour comprendre et mieux vivre les différents aspects de ton cycle menstruel.


