Tu l’as sûrement déjà vécu : un jour tu te sens au sommet, créative, sociable, capable de soulever des montagnes. Et quelques jours plus tard, le monde entier t’agace, tu vois tout en noir, et tu te demandes ce qui t’arrive. Bonne nouvelle : il t’arrive que tu as un utérus et que tu es cyclique. Eh oui ! Les variations d’humeur et le cycle menstruel sont intimement liés. Et une fois que tu comprends pourquoi, tu peux enfin arrêter de te battre contre toi-même, et commencer à surfer.
Est-ce que nous vivons toutes les mêmes variations d’humeur au fil du cycle ?
Attention, précision importante : tout ce que je vais te dire dans cet article, c’est un peu comme une caricature du cycle et de ses variations d’humeur. Un portrait type ou une tendance générale en quelque sorte. Mais rappelle-toi toujours que chaque personne est unique, chaque cycle est unique, et que bien d’autres facteurs peuvent entrer en jeu.
L’objectif n’est pas de te coller une étiquette : « mince, je suis en phase lutéale donc je vais forcément être irritable ».
Au contraire.
L’objectif est d’apprendre à reconnaître tes différentes énergies. Quelles variations observes-tu ? Comment vis-tu personnellement chaque phase ? Où sont tes propres curseurs selon les moments de ton cycle ? Etc.
C’est ça, la vraie connaissance de soi par le cycle.
Maintenant, entrons dans le vif du sujet.
Pourquoi l’humeur change-t-elle au fil du cycle menstruel ?
La réponse tient en un mot : les hormones. Et plus précisément, la fluctuation des hormones tout au long du cycle. Car non, le cycle ne se résume pas aux règles, loin de là.
Tu le sais peut-être, le cycle menstruel se découpe en 4 grandes phases importantes (on y revient juste après). Au fil de ces 4 phases, trois grandes hormones principales entrent en scène et se relaient :
- les œstrogènes
- la progestérone
- et la testostérone.
Elles vont et viennent par vagues (tiens, tiens…) et leurs niveaux montent et descendent en permanence à chaque cycle, dans un ordre bien précis.
Les œstrogènes, par exemple, ont un effet proche d’un antidépresseur naturel : elles boostent le cerveau, soutiennent la mémoire et l’énergie.
La progestérone, elle, a un rôle plus apaisant, voire ralentissant, ce qui peut se traduire par plus de fatigue ou d’introspection.
Et la testostérone (oui, les femmes en produisent aussi, avec un léger pic au moment de l’ovulation) donne un coup de fouet à l’énergie et à la libido, par exemple.
Tu peux également observer les niveaux de LH et FSH sur ce schéma :

Jusque là tu vas me dire « ok, mes hormones varient, mais en quoi ça concerne mon humeur ? »
Eh bien figure-toi que ce ballet hormonal a un impact direct sur tes neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine, GABA). Et les neurotransmetteurs, qu’est-ce que c’est ? Ce sont les messagers chimiques qui régulent ton humeur, ton sommeil et ta motivation.
Tu comprends donc que quand tes hormones fluctuent, ton humeur fluctue avec elles. Ce n’est pas dans ta tête, c’est dans ta chimie et c’est normal.
Alors, à quoi ressemblent ces variations d’humeur plus précisément ?
Cycle menstruel et variations d’humeur : comprendre grâce à la métaphore du surf
Je te disais que le cycle menstruel se découpe en 4 grandes phases clés. Les voici :
- la phase folliculaire
- l’ovulation
- la phase lutéale (ou prémenstruelle)
- et les règles
Maintenant, je vais réutiliser notre super métaphore du surf pour te parler des 4 phases du cycle, représentées par les 4 positions du surf, pour que tu comprennes bien toutes les variations.
S comme SuperPower : la prise d’élan (phase folliculaire)
Au moment de la phase folliculaire, juste après les règles, le niveau d’œstrogènes commence à remonter. Et avec lui, l’énergie, la motivation, la clarté mentale. Tu as les idées qui fusent, tu veux tout faire, tu te sens capable.
La vague arrive derrière toi, l’excitation monte, tu prends de l’élan sur ta planche.
Côté humeur : tu es généralement plutôt optimiste, enthousiaste, tournée vers l’avenir. C’est souvent la phase où tu coches toutes les cases de ta to-do telle une superwoman.
U comme Ultra-sympa : debout sur la planche (ovulation)
L’ovulation, c’est le pic. Les œstrogènes sont au sommet, la progestérone commence à pointer le bout de son nez. La FSH et la LH sont à leur maximum aussi. Bref, tu rayonnes, tu as envie de te connecter aux autres, et tu t’exprimes plus facilement.
Ça y est, tu es debout sur ta planche.
Côté humeur : tu as tendance à être chaleureuse, empathique, ouverte. C’est la phase de la communication et du lien. Tu peux avoir tendance à vouloir planifier des sorties, avoir des attentions pour tes proches, ou partager des moments de qualité + (wink wink) avec ton ou ta partenaire.
R comme Redoutable : dans le tube de la vague (phase lutéale)
Et puis la vague se referme. Tu entres dans le tube. C’est la phase prémenstruelle, celle qui fait souvent parler d’elle.
Les 3 hormones de l’ovulation chutent. La progestérone monte, puis chute. Le soleil disparaît. Et tu commences à voir les choses différemment : les défauts du quotidien, ce qui ne tourne pas rond, ce qui mérite d’être remis en question. Ton auditeur interne s’active. Il observe, il critique, il analyse.
Ce n’est pas agréable, ça chahute parfois même un peu.
Côté humeur : tu te sens certainement un peu plus sensible, tu vois les choses avec des lunettes plus sombres, tu as envie de ralentir, tu es moins tolérante aux situations ou aux personnes qui ne te conviennent pas vraiment.
F comme Fatiguée : posée sur la planche (les règles)
Enfin, les hormones sont au plus bas. Tout s’apaise. C’est le moment du relâchement, du repos, du bilan. L’océan se calme, tu es posée sur ta planche, en attendant la prochaine vague.
Côté humeur : tu peux être plus introvertie, plus lente, moins réactive. Et c’est probablement exactement ce qu’il te faut, du repos.
Quand le tube chahute plus que d’habitude : les périodes de grande transition hormonale
À ce stade, j’espère que tu comprends déjà un peu mieux les variations d’humeur (plus ou moins agréables) que tu peux traverser au quotidien, de manière régulière.
Maintenant, si on dézoome un peu à l’échelle d’une vie, il y a aussi des périodes où le cycle menstruel peut devenir particulièrement tumultueux sur le plan émotionnel. Et encore une fois, ce n’est pas une faiblesse, c’est de la biologie.
La puberté, par exemple : à ce moment-là les hormones s’installent, le cycle se met en place et le corps apprend. Les montagnes russes émotionnelles à cet âge-là sont bien réelles (et souvent peu accompagnées).
Le postpartum : après l’accouchement, les hormones chutent de façon spectaculaire. C’est l’un des plus grands bouleversements hormonaux que le corps humain peut vivre. Les variations d’humeur peuvent être intenses, et il est essentiel de ne pas rester seule avec ça.
La préménopause : là aussi, les hormones commencent à chuter drastiquement, les cycles deviennent irréguliers, et les fluctuations s’amplifient (parfois très intensément). Je t’invite également à consulter un ou une pro de santé pour t’accompagner dans cette transition un peu plus en douceur.
Dans tous les cas, tu le vois, les changements hormonaux du cycle bousculent, impactent notre quotidien, notre humeur et nos relations aux autres. Mais dès lors que tu le comprends, tu peux l’observer sans juger, accueillir, et apprendre à vivre avec.
La frontière à ne pas franchir : quand l’inconfort devient souffrance
À ce stade, j’aimerais attirer ton attention sur une chose. Tout ce que je t’ai décrit jusque là entre dans le cadre du physiologique, du normal.
Se sentir dans le tube, par exemple, c’est normal. Souffrir dans le tube, en revanche, ça ne l’est pas.
Il y a une différence fondamentale entre :
- vivre une phase prémenstruelle inconfortable, où tu vois les choses en noir, où tu es moins patiente, où tu as envie de tout remettre à plat
- et vivre une phase prémenstruelle qui t’empêche de fonctionner, de te lever, de travailler, d’être en relation avec les autres, ou qui génère une détresse émotionnelle sévère.
La première, c’est le cycle qui fait son travail. La seconde, c’est le syndrome prémenstruel (SPM), et il mérite d’être pris en charge.
Le SPM n’est pas une fatalité, et ce n’est pas dans ta tête. Si tu te retrouves dans cette description, tu trouveras des clés concrètes dans notre article dédié au syndrome prémenstruel et dans la masterclass gratuite Apaise ton SPM.
Attention au TDPM : quand les variations d’humeur deviennent un signal d’alarme
J’aimerais aller plus loin : il existe aussi une forme plus sévère du SPM, encore trop peu connue, le Trouble Dysphorique Prémenstruel, ou TDPM.
Le TDPM se caractérise par des symptômes émotionnels et comportementaux particulièrement intenses dans les jours précédant les règles : irritabilité ou colère marquées, humeur dépressive sévère, anxiété importante, voire pensées négatives envahissantes. Ces symptômes disparaissent généralement peu après le début des règles, ce qui peut d’ailleurs aider à identifier leur nature cyclique.
Le TDPM est souvent confondu avec de la dépression ou de l’anxiété parce que ses symptômes ressemblent à ceux d’autres troubles psychiatriques. La différence clé (mais souvent difficile à relever) : son caractère cyclique, lié au cycle menstruel.
Si tu te reconnais dans ces symptômes, il est très important de consulter. Le TDPM est reconnu médicalement et peut être accompagné, tu n’as pas à traverser ça seule.
En résumé : comprendre son cycle pour ne plus subir ses variations d’humeur
En bref, les variations d’humeur liées au cycle menstruel ne sont pas “une excuse” ou une faiblesse. Elles sont normales, naturelles et te donnent des informations. Ton corps te parle et toi tu peux apprendre à l’écouter (avec de la patience et de la bienveillance).
- En phase folliculaire et ovulatoire : profite de cette énergie et de cet élan si tu le ressens.
- En phase lutéale : accueille la lucidité du tube sans te laisser emporter. Écoute, note, mais ne prends pas de grandes décisions sous le coup de l’émotion.
- Pendant les règles : ressource-toi, fais le bilan, prépare la prochaine vague.
- Dans les périodes de transition (puberté, postpartum, préménopause) : sois encore plus douce avec toi-même.
- Et si la souffrance s’installe : SPM ou TDPM, consulte, parles-en, ne reste pas seule.
Kiffer son cycle, ça ne veut pas dire adorer chaque instant. Ça veut dire comprendre ce qui se passe pour ne plus jamais se retrouver à lutter contre soi-même, sans savoir pourquoi, et se créer du stress menstruel supplémentaire.



