Pilule œstroprogestative : tout comprendre sur cette contraception

Pilule œstroprogestative : tout comprendre (mécanisme, effets sur le cycle, quand tu l’arrêtes…)

Sommaire

La pilule œstroprogestative (ou pilule combinée) est l’une des contraceptions les plus prescrites en France. Nous sommes des milliers (millions ?) à la prendre, souvent depuis l’adolescence. Mais sais-tu vraiment comment elle fonctionne ? Comment elle agit sur ton cycle menstruel ? Ce qui se passe quand tu l’arrêtes ? Finalement, malgré sa popularité, nous sommes souvent assez peu renseignées. Alors, je te propose de répondre à toutes tes questions dans cet article, que ce soit par simple curiosité ou pour t’aider à faire ton choix contraceptif.

C’est quoi la pilule œstroprogestative ?

La pilule œstroprogestative, aussi appelée pilule combinée, est une contraception hormonale orale qui contient deux types d’hormones de synthèse : un œstrogène et un progestatif (d’où le nom).

C’est ce double apport hormonal qui la distingue de la pilule progestative, qui, elle, ne contient qu’un progestatif.

La pilule combinée est généralement prise sur un rythme de 21 jours actifs suivis de 7 jours de pause. C’est pendant cette pause que surviennent les ”règles”, qui sont en fait des saignements, mais on y revient plus bas.

Il existe plusieurs variantes de la pilule œstroprogestative, qui se distinguent selon :

  • la dose d’œstrogène : les pilules disponibles en France contiennent entre 15 et 40 microgrammes d’éthinylestradiol ;
  • le type de progestatif : classé par génération selon sa molécule ;
  • le schéma de dosage : monophasique (même dose chaque jour), ou multiphasique (dosages qui varient selon les semaines).

Malgré ces variations, toutes les pilules œstroprogestatives agissent sur le même principe de base.

Comment la pilule œstroprogestative agit-elle sur le corps ?

Pour comprendre l’action de la pilule combinée, il faut se rappeler du fonctionnement d’un cycle menstruel naturel.

→ Chaque mois, ton cerveau envoie des signaux aux ovaires pour déclencher la maturation d’un follicule, puis l’ovulation.

→ Les ovaires répondent en produisant des hormones (notamment œstrogènes puis progestérone), qui remontent à leur tour informer le cerveau.

→ C’est une boucle de dialogue permanent, finement orchestrée : montée progressive des œstrogènes, pic qui déclenche la libération de l’ovocyte, c.-à-d. l’ovulation, puis production de progestérone en phase lutéale.

La pilule œstroprogestative vient court-circuiter cette boucle.

En diffusant en permanence un œstrogène et un progestatif de synthèse, elle maintient les niveaux hormonaux à un seuil constant. Le cerveau reçoit ce signal comme si le travail était déjà fait, et ne déclenche ni la stimulation des follicules, ni le pic hormonal qui provoquerait l’ovulation. Résultat : le cycle est comme suspendu.

Mais ce n’est pas son seul mécanisme. Elle agit aussi à d’autres niveaux :

  • la glaire cervicale devient plus épaisse, rendant difficile le passage des spermatozoïdes jusqu’à l’utérus ;
  • l’endomètre (la muqueuse utérine) reste fin et peu développé, ce qui empêcherait l’implantation d’un ovule fécondé dans le cas improbable où une ovulation aurait quand même lieu.

C’est cette triple action combinée, inhibition de l’ovulation, modification de la glaire et modification de l’endomètre, qui fait de la pilule combinée l’une des contraceptions les plus fiables en cas de prise régulière.

Les effets de la pilule combinée sur le cycle menstruel

J’aimerais revenir sur un point très peu expliqué, mais essentiel : les effets de la pilule sur le cycle. Sous pilule œstroprogestative, tu n’as plus vraiment de cycle menstruel. Du moins, pas au sens physiologique du terme.

Un cycle mis en veille

Sous pilule combinée, les phases naturelles de ton cycle — folliculaire, ovulatoire, lutéale — ne se produisent plus. Le corps n’est plus en train d’orchestrer un cycle ; il reçoit des hormones de l’extérieur à dose constante.

Conséquences concrètes :

  • les fluctuations hormonales naturelles (montée des œstrogènes, pic d’ovulation, montée de progestérone) sont absentes ;
  • les variations d’énergie, de libido, d’humeur ou de concentration habituellement liées au cycle peuvent être moins perceptibles ou différentes ;
  • la glaire cervicale évolue différemment, ce qui peut rendre son observation difficile pour celles qui la suivent.

Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose pour tout le monde, certaines personnes apprécient cette stabilité. Mais c’est important de le savoir : la pilule ne régule pas le cycle, elle le suspend.

Des saignements de privation, pas des règles

Je t’en parlais un peu plus haut, les saignements qui surviennent pendant ta pause de 7 jours ne sont pas des règles. Ce sont ce qu’on appelle des saignements de privation.

Ils ne résultent pas d’une ovulation non suivie de grossesse (comme c’est le cas lors d’un cycle naturel), mais d’une chute brutale des hormones de synthèse au moment où tu arrêtes temporairement la prise de comprimés actifs.

Les effets de la pilule sur tes hormones naturelles

Tu l’as bien compris, la pilule œstroprogestative agit en remplaçant tes hormones naturelles par des hormones de synthèse. Pendant toute la durée de la prise, tes ovaires ne produisent plus d’œstrogènes ni de progestérone : la pilule s’en charge à leur place.

Ce remplacement a plusieurs effets sur tes hormones à toi :

  • l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien est mis en veille (= le circuit cerveau-ovaires qui régule normalement le cycle), il ne reçoit plus de signal à envoyer, puisque le corps perçoit en permanence un taux hormonal « suffisant » ;
  • les progestatifs de synthèse contenus dans la pilule ne sont pas tout à fait identiques à la progestérone naturelle (selon leur génération et leur molécule), donc leurs effets sur le corps peuvent varier, ce qui explique notamment pourquoi les effets secondaires peuvent différer d’une pilule à l’autre ;
  • certains effets secondaires sont fréquemment rapportés : baisse de libido, sécheresse vaginale, migraines, acné, variations de poids, sensibilité des seins…

Si tu ressens des effets secondaires qui altèrent ta qualité de vie, parles-en à ta médecin ou ta sage-femme, ne les minimise pas.

Que se passe-t-il quand tu arrêtes la pilule ?

L’arrêt de la pilule œstroprogestative est souvent entouré de questions et d’idées reçues. Voici ce qui se passe, physiologiquement.

Le retour du cycle naturel

Quand tu cesses la prise, l’apport extérieur d’hormones de synthèse s’arrête. L’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien reprend progressivement son activité. Les ovaires recommencent à fonctionner, les follicules à mûrir, et un cycle naturel peut se remettre en place.

Ce retour peut prendre de quelques semaines à quelques mois selon les personnes. Les premiers cycles après l’arrêt sont souvent irréguliers, le temps que le corps retrouve son propre rythme, ce qui est tout à fait normal.

Les idées reçues à déconstruire

  • « La pilule préserve la fertilité » : faux. Elle ne la protège pas, mais elle ne la diminue pas non plus. La fertilité revient généralement dès le retour de l’ovulation (hors pathologie potentielle ou diagnostiquée).
  • « Il faut attendre 3 mois après l’arrêt avant d’essayer de concevoir » : ce délai n’est pas une nécessité médicale. Il est parfois conseillé pour permettre de dater une grossesse plus facilement grâce à un cycle régulier, mais il n’y a pas de contre-indication à concevoir dès le retour de l’ovulation, ou bien plus tard.
  • « L’arrêt de la pilule provoque toujours des règles abondantes et douloureuses » : pas systématiquement. Certaines personnes retrouvent un cycle semblable à celui qu’elles avaient avant, d’autres constatent des changements. Si tu avais des règles douloureuses avant la pilule, elles pourraient revenir, car la pilule masquait le symptôme sans traiter la cause.

Si ton cycle ne revient pas dans les 3 mois suivant l’arrêt, il peut être utile d’en parler à un ou une professionnelle de santé.

Pilule œstroprogestative vs pilule progestative : les différences clés

La différence fondamentale entre les 2 types de pilules tient à leur composition : la pilule œstroprogestative associe un œstrogène et un progestatif, là où la pilule progestative ne contient qu’un progestatif. Ce n’est pas qu’une question de formule, cela change tout : du mécanisme d’action aux effets sur le corps.

Concrètement :

  • la prise : la pilule combinée se prend sur 21 jours avec une pause de 7 jours (ou des comprimés placebo), pendant laquelle surviennent les saignements de privation ; la pilule progestative, elle, se prend en continu, sans interruption
  • le mécanisme : la pilule combinée bloque l’ovulation de manière très constante ; la pilule progestative agit principalement en épaississant la glaire cervicale pour empêcher les spermatozoïdes de passer (et selon la molécule utilisée, elle peut aussi inhiber l’ovulation)
  • les saignements : sous pilule progestative, ils sont souvent absents, ou remplacés par des spottings irréguliers, ce qui peut surprendre au début
  • les contre-indications : la présence d’œstrogènes dans la pilule combinée entraîne davantage de contre-indications (risques cardiovasculaires, migraines avec aura, tabagisme après 35 ans, notamment) ; la pilule progestative est souvent proposée aux personnes pour qui les œstrogènes sont déconseillés, notamment pendant l’allaitement

FAQ — Tes questions sur la pilule combinée

La pilule œstroprogestative protège-t-elle contre les IST ? Non. Comme toutes les contraceptions hormonales, elle protège uniquement contre une grossesse non désirée. Seul le préservatif (masculin ou féminin) protège contre les infections sexuellement transmissibles.

Peut-on prendre la pilule œstroprogestative en continu, sans pause ? Oui, mais dans certains cas et sur avis médical. Enchaîner les plaquettes sans faire de pause permet d’éviter les saignements de privation. C’est une pratique médicalement encadrée, à discuter avec ta médecin, gynécologue ou sage-femme.

La pilule œstroprogestative peut-elle être prescrite pour autre chose que la contraception ? Oui. Elle est parfois prescrite dans le cadre de pathologies gynécologiques pour réduire des douleurs menstruelles, stabiliser un cycle très irrégulier ou gérer certains symptômes. Dans ce cas, elle masque les symptômes (et les apaise), mais ne traite pas la cause.

Est-il normal d’avoir des saignements en dehors de la pause ? Des petits saignements en dehors de la pause (qu’on appelle « spottings ») peuvent survenir, surtout en début de prise ou après un oubli. S’ils persistent, parles-en à ta médecin, gynécologue ou sage-femme.

La pilule œstroprogestative fait-elle prendre du poids ? C’est un effet secondaire souvent évoqué, et il mérite d’être pris au sérieux. Certaines personnes constatent une rétention d’eau ou une variation de poids. Cela dépend de la molécule et de la personne. Si c’est ton cas, et que tu le vis mal, n’hésite pas à en parler lors de ton prochain rdv pour trouver une solution ou un remplacement.


Sources :

  • VIDAL, La contraception orale ou « pilule » — vidal.fr
  • ANSM, Utilisation des contraceptions hormonales en France : quelques chiffres — ansm.sante.fr
  • INSERM, Contraception — inserm.fr
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