fbpx
contre le congé menstruel

Je suis Contre le Congé Menstruel

Contenus

Si tu me suis depuis un moment, tu sais que je suis rarement « contre » quelque chose. Mais là, tu l’as bien lu, je suis contre le congé menstruel. Cela peut te sembler étonnant. La plupart des gens pensent que, puisque je travaille sur le sujet du cycle, je suis pour ce congé menstruel. Pour rappel : le congé menstruel c’est l’idée de pouvoir donner un ou deux jours de congés chaque mois, spécifiquement liés au cycle menstruel, aux femmes qui en ressentent le besoin. Mais cela soulève des questions et des problèmes qui me dérangent beaucoup.

Pourquoi aurions-nous besoin d’un congé menstruel ?

Tout d’abord, les conditions du congé menstruel sont très floues. Nous avons vu qu’il concerne les femmes qui en ressentent le besoin. Mais qu’est-ce qui fait que j’en ressens le besoin ? Comment je sais si moi je le prends ? Je ne le prends pas ? Ces contours un peu flous me dérangent.

J’aimerais attirer ton attention sur un premier problème, très important à mon sens : savoir faire la différence entre un cycle menstruel physiologique et un cycle menstruel pathologique.

  • Un cycle menstruel physiologique est un cycle dans lequel nous nous sentons bien.

Il peut y avoir des fluctuations, des variations d’énergie, c’est tout à fait normal. C’est supporté par les hormones. Nous pouvons bien sûr ressentir de la fatigue ou de l’inconfort à certaines périodes du cycle, mais de là à devoir rester au lit et ne pas pouvoir travailler, non. Le congé menstruel ne serait alors pas nécessaire.

  • En revanche, un cycle menstruel pathologique est un cycle qui n’est pas en bonne santé.

Dans ce cas, il se passe effectivement des choses de l’ordre d’une maladie, d’une pathologie. Nous pouvons avoir des changements d’humeur énormes, qui viennent perturber notre vie sociale. Nous pouvons avoir une fatigue extrême qui nous empêche de sortir du lit. Ou, plus communément, nous pouvons ressentir des douleurs telles, que travailler devient très compliqué.

Alors, cela soulève un deuxième problème important.

Qui doit gérer les conséquences d’un cycle pathologique ?

Le congé menstruel est-il vraiment la réponse à un cycle menstruel pathologique ? Le problème ici est de considérer que la pathologie doit être gérée par l’entreprise, puisque c’est à elle de donner les congés.

Pourtant, en France nous avons la sécurité sociale. C’est un système dans lequel le collectif vient en aide aux personnes qui souffrent de pathologies, pour en répartir le coût. Alors, si l’on confie le congé menstruel aux entreprises et non à la sécurité sociale, nous ne reconnaissons pas la pathologie que les personnes menstruées vivent chaque mois. Je dis personnes menstruées parce que toutes les personnes dotées d’un utérus ne sont pas nécessairement des femmes.

De plus, en France, lorsque nous souffrons d’une pathologie longue durée, qui revient de manière chronique (c’est exactement le cas d’un cycle pathologique), nous avons la possibilité d’être soutenues à 100 % par la sécurité sociale. Nous n’avons pas de jours de carence et nous pouvons être accompagnées médicalement pour ce problème.

Reconnaître le cycle menstruel pathologique comme une affection longue durée

Si nous acceptons de demander aux entreprises d’accorder des jours de congé liés au cycle menstruel, à la convenance des personnes menstruées, alors nous exonérons la sécurité sociale (et à travers elle notre système de soutien collectif) de toute responsabilité. Et ça, ce n’est pas normal.

Je milite pour que les pathologies liées au cycle menstruel soient reconnues comme affections longue durée. Et que leurs conséquences soient financées par la sécurité sociale à ce titre.

Aujourd’hui, trop de femmes perdent des jours de salaire tous les mois parce qu’elles ne sont pas en état d’aller travailler et, qu’arrêtées par leur médecin pour 2 ou 3 jours elles se retrouvent en période de carence. Si le cycle pathologique était reconnu comme affection longue durée, il n’y aurait plus de jours de carence.

Arrêtons de considérer les pathologies du cycle comme quelque chose dont les personnes menstruées doivent gérer seules et comme elles le peuvent.

À la place, redonnons la responsabilité de la pathologie à la sécurité sociale qui est la structure de soutien collectif des personnes malades dans notre pays.

Pourquoi donner la responsabilité du congé menstruel aux entreprises ?

Dès lors que nous ne sommes pas dans un cycle menstruel pathologique, nous n’avons aucune raison de ne pas aller au travail. Au moment des règles, il est vrai que nous pouvons ressentir de la fatigue, c’est bien de lever le pied et de prendre soin de soi. Mais cela ne nécessite pas s’arrêter totalement (à moins que nous ne décidions de nous cocooner et dans ce cas, nous pouvons poser un jour de congé).

Regardons du côté de l’employeur : un mois de travail représente environ 20 jours travaillés en moyenne. Si l’on donne 2 jours de congés supplémentaires par mois, comme ça, à toutes les personnes menstruées, cela représente 10 % de travail en moins (2 jours de congé sur 20 jours de travail). Alors, pourquoi ne pas donner 10 % de salaire en moins ?

Pourquoi est-ce à l’entreprise d’assumer financièrement la pathologie chronique de son employée ?

Dans cette situation, le ou la chef.fe d’entreprise peut être tenté de discriminer à l’embauche ou au moment de fixer la rémunération, parce qu’il n’est pas cohérent de donner un salaire équivalent à quelqu’un qui va travailler 10 % de moins. Cela soulève donc un troisième problème.

Le congé menstruel peut devenir un outil discriminatoire

Je ne t’apprends rien en te disant que nous avons déjà des différences (injustes) entre femmes et hommes en entreprise. À poste égal, à carrière égale, à études égales, à diplômes égaux, il y a encore aujourd’hui 9 % de différentiel de salaire entre femmes et hommes.

Si l’on introduit un congé menstruel potentiellement discriminatoire supplémentaire, cette discrimination potentielle devient alors légitimée par la loi. C’est le risque de voir des salaires encore plus bas pour les femmes et de justifier encore plus facilement ces différences de salaires.

Et puis, pour être entièrement honnête, que penses-tu qu’il puisse se passer dans l’imaginaire collectif ? « Le premier mercredi du mois, jour des soldes, toutes les nanas vont prendre leur congé menstruel pour aller faire du shopping. » J’exagère bien sûr, mais l’idée est là. Cela risque de soulever beaucoup plus de suspicions que d’apporter de l’aide aux personnes qui en ont besoin.

Comment savoir si untel ou unetelle avait vraiment besoin de ce congé ? Est-ce qu’elle n’avait pas juste « la flemme » de venir au travail ? Ces questions et cette pensée peuvent causer beaucoup de tort à toutes celles qui souffrent réellement et qui ont besoin de soutien.

Mes propositions face au congé menstruel

Je crois que tu l’as compris, je suis contre le congé menstruel, mais je ne suis pas contre le repos et le soutien aux personnes qui souffrent d’un cycle en mauvaise santé.

Alors, ce que je propose :

  • S’il y a pathologie

Qu’elle soit officiellement reconnue comme telle, en affection longue durée. Il est important que les personnes qui en souffrent soient prises au sérieux et soutenues par la sécurité sociale. Et je milite vraiment pour ça, c’est très important.

  • S’il n’y a pas de pathologie

Il n’y a pas de raison impérative de s’arrêter. Mais rien n’empêche un peu de flexibilité. Je suis consciente que ça n’est pas toujours possible selon le poste et l’entreprise, mais quand c’est le cas : permettre à nos collaboratrices et à nos collaborateurs (cycle menstruel ou non) de travailler un peu moins certains jours (quand l’énergie est très basse et l’efficacité a disparu) et un peu plus à d’autres.

C’est vraiment valable pour tout le monde, car il n’y a pas que les femmes menstruées qui vivent des variations d’énergie,  tout le monde est sujet à ces fluctuations : les femmes (quelle que soit leur situation en matière de cycle), les hommes, les personnes non binaires…

Voilà pourquoi je suis contre le congé menstruel. Selon moi, cela favorise le fait de ne pas se poser la question de la couverture sociale des maladies liées au cycle menstruel. Cela favorise le risque de discrimination en entreprise. Et cela peut même desservir les personnes menstruées, si le congé engendre plus de suspicion que de soutien.

Est-ce que tu es d’accord avec ça ?

N’hésite pas à parcourir le blog ou les ressources que je propose si tu veux en savoir plus sur le cycle menstruel et son fonctionnement.

À lire aussi : Entrepreneuriat et Cycle Menstruel : un duo Gagnant

12 réflexions au sujet de “Je suis Contre le Congé Menstruel”

  1. ,
    Je suis touchée par l’endométriose alors c’est une question que je connais bien. Les associations bataillent ferme pour que la question avance!! LEs bruits de couloir disent que la HAS ne veut pas reconnaitre l’endométriose comme une ALD faisant partie de la liste car ça couterait trop cher (1 femme sur 10 touchée à priori). Militantisme obligé.

    Répondre
  2. Bonjour, je voulais réagir sur ce sujet. Je tombe dans les pommes carrément de mon côté quand j’ai mes règles, donc, le juste fatigue et douleurs écrits dans cet article passe pas trop. Et à part prendre des médocs trop lourds ou la pilule, la médecine est bien impuissante la dedans comparé au repos. ☺️

    Répondre
  3. Bonjour, je réagis au mail de Christel. Car je comprends bien ta difficulté mais Gaëlle ne nie pas cela. Quand elle parle de « juste douleur et fatigue » elle ne parle pas des personnes dans ton cas. Tu fais partie des femmes dont le cycle menstruel est pathologique et nous devons lutter pour que cela soit reconnu par la sécu et pris en charge par les soignants. Mais pour Gaëlle cela ne doit pas être pris en charge par les entreprises. Moi je trouve cet article très intéressant !

    Répondre
  4. Bonjour,
    J’ai trouvé cet article très intéressant.
    L’idée m’a traversée la tête dernièrement car j’occupais un poste qui ne me permettait pas de changer de protection pendant 3 heures et qu’il m’est très compliqué de mettre des protections internes. La gestion de mes règles dans ces conditions est devenu un casse-tête et une source de stress supplémentaire jusqu’à souhaité un ou deux jours off pour être tranquille.
    Je comprends tout à fait le point de vue de Gaëlle et je suis d’accord avec ces arguments.
    Merci à Gaëlle pour cet article et à vous tous pour vos commentaires.

    Répondre
  5. J’ai proposé des jours de télétravail durant les règles au sein de mon entreprise. Pas de retour pour le moment, je ne lâche pas le morceau!

    Répondre
  6. Je viens de tomber sur cet article. Évidemment que je l’ai commencé en fronçant les sourcils ! Mais ta réflexion est vraiment pertinente et tu m’as tout à fait convaincu ! Par contre, je pense que ce serait à la sécu d’imposer des jours de congés à l’entreprise, quitte à les rattraper une autre fois ? (Après je suis contre la productivité donc la perte de bénéfice de l’entreprise, je m’en tape un peu beaucoup ^^)

    Répondre
  7. Very nice post. I just stumbled upon your blog and wished to
    say that I’ve truly enjoyed browsing your blog posts. After all I’ll be subscribing to your rss feed and I hope you write again very soon!

    Répondre
  8. Je n’avais pas vraiment réfléchi à ça et je trouve tes arguments très pertinents ! Merci de nous pousser à un peu plus de réflexion sur ce sujet.

    Répondre
  9. Je réagis au regard de ma qualification de juriste droit social.
    Je trouve l’article et le sujet très intéressants, je n’ai pas d’avis tranché car les différentes solutions me paraissent toutes avoir des avantages et inconvénients.
    Je partage totalement l’avis de l’autrice quant à la nécessaire prise en charge par la sécurité sociale des cas d’endometriose, c’est la réponse la plus cohérente concernant une pathologie médicale au regard de notre système social. Surtout, ça permettrait que le droit à une absence avec maintien de salaire ne dépende pas de la politique sociale de l’employeur (très variable selon les secteurs, la taille des entreprises, la place dans l’organisation économique, etc.) mais de règles qui s’imposent à lui, et donc harmoniserait la situation de toutes les femmes en France.
    Le risque de discrimination est réel, d’autant que ce sujet reste souvent tabou et peu reconnu voire méconnu, en particulier par les hommes. Aussi, étant donné qu’une absence pour règles pathologiques, qu’elle soit un congé rémunéré accordé par l’employeur ou un arrêt de travail indemnisé par l’assurance maladie, ferait, formellement ou informellement, l’objet d’une information de l’employeur (même s’il n’est pas sensé connaître le motif de l’arrêt de travail, celui ci est souvent communiqué par le salarié à son manager, pour des raisons qui relèvent de la dynamique de leur relation). Dans ce cas, des évaluations négatives des collègues arriveront certainement, encore une fois car l’endometriose est peu reconnue comme pathologie, et les conséquences sur la carrière de la salariée sont à craindre, sur le thème du manque d’investissement dans le poste et de la méfiance généralisée de certains employeurs vis à vis des motifs médicaux d’absence, ou simplement car, pour les cadres surtout, la charge de travail n’est pas adaptée à la baisse de disponibilité de la salariée (elle devra faire sur 18-19 jours ce qu’elle aurait fait en 20 jours sans absence).
    Pour prévenir le risque de discrimination fondée sur l’état de santé, accorder à toutes les femmes un congé menstruel serait la solution la plus adaptée. Cependant je vois deux écueils : une impression de non légitimité de cette absence dans la communauté de travail, car l’absence n’est pas mise en rapport avec les difficultés réellement vécues par les salariées, conduire à une pression pour ne pas la respecter et travailler tout de même ; surtout un risque sur la validité purement juridique de cette absence au regard de l’égalité de traitement (un avantage doit être accordé à toute personne placée dans la même situation au regard de l’objet de cet avantage; l’objet de l’absence étant l’incapacité de travailler en raison de règles douloureuses, il peut être considéré par les juges qu’il n’a pas à bénéficier aux femmes menauposées ou même à celles qu’elles n’empêchent pas de travailler, ce qui aboutirait à invalider le dispositif dans son ensemble ou, plus certainement, à en faire bénéficier l’intégralité des salariés, hommes compris).
    En somme, je ne vois que des moins mauvaises solutions à ce problème, qui méritent bien sur d’être mises en place. L’enjeu principal reste à mon avis l’évolution des mentalités et la reconnaissance des pathologies menstruelles dans le discours normatif societal.

    Répondre
  10. Merci Gaelle pour cet article très intéressant. J’ajouterais à votre argumentaire mon inquiétude sur le fait qu’un congé pathologique échappe complètement au médecin et soit porté à la fois par la personne et par l’entreprise. Si il y a pathologie, alors il doit y avoir un diagnostic posé par un professionnel qui peut en effet prescrire des jours d’arrêt de travail. Bien à vous.

    Répondre
  11. Difficile de penser à tout. Mais je trouve peut être dommage de réagir  »contre ».
    Votre position d’alléger les journées de travail est intéressante mais utopique… Étant infirmière, c’est impossible. Les professionnels de santé d’une manière générale, ne peuvent pas se permettre ce luxe… tout le monde ne travaille pas dans un bureau… Et pour tellement d’autres professions, c’est très compliqué. Rien que l’heure rose n’est pas applicable partout…
    Je n’ai aucune pathologie liée à mon cycle. Pourtant je me rappelle étudiante, dormir sur les tables pendant les cours (fatigue, crampes, bouffées de chaleur…). Je me souvient avoir déjà quitté la.classe pour aller m’allonger et me sentir mieux. Ces symptômes ont cessé après ma première grossesse. Je n’aurai pas craché sur un jour de congé à ce moment là.

    Répondre

Laisser un commentaire